Embracing the change

Si on m’avait dit il y a trois ans que je mangerais sans gluten, que je vivrais dans ma maison d’enfance et que je ne serais plus sous CDI, je n’y aurais jamais cru.

Camera Obscura
5 min ⋅ 30/01/2026

J’ai souvent cru pouvoir tout contrôler; je pensais comme beaucoup que certaines choses - souvent malheureuses  - étaient réservées aux autres, car je faisais tout en mon pouvoir pour éviter les problèmes. Les maladies, c’était pour les hypocondriaques, le chômage, pour les glandeurs, les intolérances, pour ceux qui voient le mal partout,... et j’en passe. J’ai à mes dépends appris que la vie aimait bien nous faire admettre ce qu’on n’a absolument pas envie d’accepter. Que malgré tous nos efforts, on ne peut pas toujours être “au-dessus de tout ça”. Et parfois, c’est un cliché mais… qu’au bout du tunnel, la lumière est (vraiment) là. Que l’on peut même remercier ce passage dans le tunnel pour avoir changé nos perceptions, notre vision et nos comportements. 

Cette édition, j’ai envie de la dédier à tous et toutes les girouettes, slasheurs, ceux qui changent d’avis en route, qui se réinventent, qui osent, et qui passent les obstacles la fleur au fusil. Plus jeune, on a parfois l’impression que les adultes sont des robots tout puissants qui gèrent problèmes et orages de la vie en un tour de main. Mauvaise nouvelle, à 35 ans on est adulte (ah, bon) et il faut gérer; mais ce n’est pas à l’école qu’on apprend ce genre de choses.

J’ai décidé personnellement d’essayer de faire un pas chaque jour vers un mieux. En commençant d’abord à faire taire ma petite voix intérieure me disant “ce n’est pas fait pour moi”, “je ne vais tout de même pas…”, “je n’ose pas”, et en ouvrant les possibles.

Cet état d’esprit ne résout pas tout : les problèmes sont toujours là; la preuve, le week-end dernier ma voiture (garée) est allée, seule comme une grande, s’encastrer dans un mur, manquant tout juste d’écraser les gentils messieurs dames qui allaient faire leurs courses au supermarché. Il y aura toujours des problèmes à gérer. Mais tout se joue dans notre perception et notre résilience - tiens, je pense que c’est Boris Cyrulnik qui le dit. Alors haut les coeurs, les amis ! 

En parlant d’ouvrir les possibles, je suis allée me faire tirer les cartes cette semaine chez Florence, jeune Bruxelloise à l'univers doux et enveloppant, et j’ai vraiment adoré l’expérience. Loin des médiums qui font craindre le pire, ou des affirmations sans nuances, le tirage de Florence ouvre une perspective sur le futur sans donner de réponses toutes faites. Cela peut préparer à appréhender un changement, ou orienter une décision compliquée. J’ai en tout cas vécu un bon moment, et j’en suis ressortie un peu plus confiante en l’avenir. Curieuse de voir si les prédictions pourront s’appliquer :)

Lire 

Ma pile à lire s’allonge de jour en jour car j’ai encore fait des folies, et je n’ai pas encore acquis le rythme d’un livre par semaine. Depuis ma dernière missive, j’ai terminé Petit Pays de Gael Faye et j’ai dévoré La décision de Karine Tuil. Je lis actuellement le Lambeau de Philippe Lançon, histoire de rester dans quelque chose de réjouissant (ironique) - mais magnifiquement bien écrit.

Petit Pays - Gael Faye

Petit pays est un récit semi-autobiographique qui raconte la vie de Gabriel, enfant métissé mi-français mi-rwandais, dans les années 1990. Gabriel vit une enfance heureuse au Burundi, pays voisin du Rwanda dont est issue sa mère, sous le soleil africain, entouré d’une belle bande de copains dans un quartier plutôt privilégié. Jusqu’à ce que la situation politique du Burundi, en parallèle avec celle du Rwanda, dégénère. Avec ses yeux d’enfant, on assiste à la plongée des deux pays, car Gabriel a encore de la famille au Rwanda, dans le chaos et la souffrance. Sans verser dans le misérabilisme, il nous décrit le triste basculement de l’insouciance vers la mobilisation politique et carrément la prise d’armes pour certains de ses camarades, pour protéger leur quartier. Malgré la dureté du sujet, l’écriture est aussi jolie qu’accessible, nous plongeant avec ravissement dans la vie métissée de Gabriel, personnage attachant, intelligent et courageux. J’y ai découvert un pan de l’histoire que je ne connaissais que très peu, . Je le conseillerais autant aux amoureux de la littérature qu’aux lecteurs plus occasionnels ! 

La décision - Karine Tuil

Mes recommandations de ce mois ne sont décidément pas très légères car il s’agit ici du récit d’une enquête antiterroriste (fictive) menée par Alma, une juge d’instruction antiterroriste aussi épuisée par son boulot que par sa vie de famille. Alma doit naviguer entre la déliquescence de son couple, une histoire extra conjugale, trois enfants et l’un des métiers les plus stressants qu’il soit donné de faire. L’affaire qui l’occupe principalement est le retour en France d’un couple de français partis combattre en Syrie auprès de l’Etat Islamique. Faut-il les relâcher par manque de preuve, ou les inculper par souci de sécurité ? 

Avec la précision d’un orfèvre, Karine Tuil construit un récit hyper réaliste au cœur de la cellule antiterroriste parisienne. J’ai adoré découvrir le quotidien sous tension permanente de ceux qui possèdent notre sécurité entre leurs mains, tout en suivant les histoires de coeur de la protagoniste principale - car tout le monde est humain, et a droit à l’erreur - en amour comme au travail. Un peu angoissant certes, mais passionnant ! 

Regarder

Valeur sentimentale, Joachim Trier

Valeur sentimentale de Joachim Trier a reçu nombre de distinctions et ce n’est pas pour rien. J’avais déjà adoré Julie en 12 chapitres du même réalisateur, ici il s’attaque avec poésie à l’histoire familiale de deux sœurs et leur père, cinéaste sur le retour, aussi opportuniste que froid et distant avec ses filles, son gendre et son petit-fils. Une jolie fresque familiale norvégienne qui dépeint avec brio les sentiments ambivalents que l’on peut ressentir envers des membres de sa famille. Chaque personnage se débat avec ses démons et le film les détricote tour à tour, nous faisant valser entre les soucis de chacun avec tendresse. Plutôt pour les amateurs de films lents, l’esthétique est très présente tout au long du film, et la présence de Elle Fanning nous donne des réminiscences des films de Sofia Coppola. Un film ne transcendant peut-être pas par son originalité mais beau et intelligent, parfait quand on a le temps de s’y plonger entièrement. 

L’art du faux - Netflix

Malgré sa piètre note sur Télérama, j’ai adoré le film italien L’art du faux; l’histoire d’un jeune peintre que le talent pour la copie emmène sur des chemins obscurs. Le film ne réinvente certainement pas le genre, surfant comme beaucoup d’autre sur la formule “jeune loup talentueux + malversations avec des bandits assoiffés par l’argent + histoire d’amour”, sur fond de faits d’actualité, ici les brigades rouges et l’enlèvement d’un homme politique. Mais j’ai trouvé la bande son géniale, la photographie sublime, l’histoire rythmée, sans une pointe d’ennui. Je conseille de le regarder en vo italienne pour être à 100% dans l’ambiance.

Victoria Beckham, le documentaire - Netflix

Petit plaisir coupable, ce documentaire qui ne comporte que 3 épisodes est parfait pour un dimanche soir, lorsqu’on s’affale comme un ballon dégonflé sur son canapé car le week-end, c’est fatiguant (surtout avec des enfants). Et bien, moi qui ne suis pas une inconditionnelle de Victoria mais qui suit son ascension dans la mode avec un intérêt détaché, j’ai trouvé que le documentaire était une jolie leçon de persévérance. Adulée puis détestée et critiquée à tout va pendant des années, elle a su tracer sa route et suivre son objectif sans rien lâcher. Alors bien sûr, cela aide d’être financée par un mari milliardaire, mais elle aurait pu mal tourner. Au lieu de ça, elle nous offre une belle leçon de pugnacité et de force de caractère pour mener à bien ses rêves.

Je ne dirai pas ici que j’ai regardé la dernière saison de Emily in Paris et que j’étais un peu triste à la fin. Je ne le dirai pas. Mais plaisir coupable n°2 et ça se passe de détails. 

Ecouter

Ceci n’est pas une religion (conférence)

Ce n’est ni un podcast ni de la musique, mais j’ai été écouter Elodie Emery lors de sa conférence “Ceci n’est pas une religion” dans laquelle elle dévoile son enquête sur le bouddhisme et ses dérives. Entre stand up, car le début est très drôle, récit personnel et enquête journalistique, j’ai passé un moment hors du temps à écouter son parcours depuis un poste en marketing chez L’Oréal jusqu’à une enquête qui l’a menée devant les grilles du Dalaï Lama. Je ne sais pas si elle se reproduira à nouveau, mais son documentaire “bouddhisme, la loi du silence” est à retrouver sur Youtube. Les révélations qu’elle y fait sur le bouddhisme tibétain (abus sexuels, maltraitance, loi du silence,...) sont aussi effarantes que marquantes et c’est certainement utile d’en prendre conscience. 

Métamorphose - Martin Boujol 

J’ai découvert grâce à la recommandation d’une amie le podcast Métamorphoses et l’épisode avec Martin Boujol, que j’ai également découvert, plaira beaucoup à tous les amoureux des livres ! Martin possède un compte Instagram appelé “La nuit sera mots” sur lequel il donne des conseils et critiques en littérature ainsi que des astuces pour lire plus. Son parcours est super intéressant : encore un qui a laissé tomber le monde du business corporate pour suivre sa passion et ça vaut le détour :) 

C’est tout pour ce mois-ci : j’espère comme d’habitude vous avoir aidé à découvrir de nouvelles pépites à lire, regarder et écouter. En tout cas, je suis heureuse de ce rendez-vous culturel envoyé chaque mois, qui met de l’ordre dans mes idées.

Haut les coeurs pour cette année !

Marie


...

Camera Obscura

Par Marie-Sophie Petit